Conflit au Moyen-Orient et choc énergétique : vers un nouveau régime de marché
L’hebdo boursier : semaine du 20/03/2026 au 27/03/2026
Evolution des Marchés sur la semaine du 20/03/2026 au 27/03/2026
Evolution des Marchés Ytd (données arrêtées au 27/03/2026, en devises locales) :
Le paysage macroéconomique mondial en cette fin mars 2026 est défini par une convergence de fortes tensions géopolitiques et un ajustement structurel des anticipations monétaires. Le conflit au Moyen-Orient, qui entre désormais dans sa cinquième semaine, demeure le moteur principal de la volatilité alors que les marchés tentent de jauger une impasse diplomatique prolongée entre les États-Unis et l'Iran. La semaine a été marquée par la présentation d'une proposition américaine de paix en 15 points, transmise via des intermédiaires pakistanais, qui exigeait notamment le démantèlement des infrastructures nucléaires iraniennes à Natanz, Isfahan et Fordow, ainsi que l'arrêt total des programmes balistiques. Téhéran a formellement rejeté ce plan, le jugeant déséquilibré, et a répliqué avec une contre-proposition en 5 points réclamant le paiement de réparations de guerre, la fin des assassinats ciblés de ses hauts responsables et la reconnaissance de sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz. En l'absence d'accord, le président Donald Trump a prolongé l'ultimatum pour la réouverture du détroit au 6 avril 2026, tout en renforçant la présence militaire américaine dans la région avec le déploiement de milliers de Marines et de parachutistes, suggérant des préparatifs pour une potentielle intervention terrestre.
Cette incertitude géopolitique a provoqué un choc structurel sur les marchés des matières premières. Le baril de Brent a terminé la semaine non loin des 110 dollars, enregistrant une envolée mensuelle record de presque 50% sur l'ensemble du mois de mars. Le blocus effectif du détroit d'Ormuz étrangle désormais 20% de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié (GNL), provoquant une rupture de flux hebdomadaire de deux millions de tonnes de GNL en provenance du Qatar et des Émirats Arabes Unis. Cette situation force les économies asiatiques, dépendantes à 85% de cette route, à un repositionnement coûteux vers les exportations américaines ou russes, saturant les capacités logistiques mondiales. Dans le compartiment des métaux précieux, l'or a montré des signes de résilience cette semaine en signant sa première hausse hebdomadaire depuis le début du conflit, portée par des achats à bon compte après un repli marqué les jours précédents. Si le métal jaune termine à l’équilibre il a perdu jusqu’à 10% lundi avant de se reprendre pour se stabiliser autour de 4 500 dollars l'once. Il termine néanmoins le mois de mars sur un repli global d'environ 15% par rapport à ses niveaux de fin février. De son côté, le cuivre a cédé environ 7% sur le mois de mars, les investisseurs redoutant que le coût de l'énergie et les taux d'intérêt élevés ne freinent la croissance économique mondiale et la demande industrielle.
Les marchés actions sous pression face au contexte d'incertitude toujours présent
Sur les marchés actions, le mois de mars s'achève sur une note de prudence extrême. À Paris, le CAC 40 a toutefois réussi à briser une série de trois semaines consécutives de baisse en s'adjugeant un gain de 0,5% sur la semaine, même si son repli sur l'ensemble du mois de mars atteint 10,2%. À l'inverse, Wall Street a traversé une période particulièrement sombre, bouclant sa cinquième semaine consécutive de pertes, une configuration inédite depuis mai 2022. Sur l'ensemble du mois de mars, le S&P 500 affiche un repli de 7,5%, tandis que le Dow Jones recule de 8%, plaçant les indices américains environ 9% sous leurs records historiques de janvier. Le Nasdaq a été le plus durement touché par la remontée des taux, avec une chute hebdomadaire de 3,2% et un repli mensuel d'environ 10%. En Allemagne, le DAX 40 a également enregistré sa quatrième baisse hebdomadaire consécutive, clôturant le mois près de ses plus bas annuels avec une perte mensuelle cumulée de 11,8%. En Asie, le Nikkei 225 est resté pratiquement stable sur la semaine, les rachats de titres pour les dividendes de fin de mois ayant compensé les craintes liées à la dépendance énergétique du Japon, bien que l'indice termine le mois de mars sur une baisse globale de 8%.
Le compartiment obligataire a subi un ajustement massif tout au long du mois de mars, reflétant les craintes de stagflation. En Europe, les rendements souverains ont atteint des sommets pluriannuels : l'OAT française à 10 ans a progressé de plus de 60 points de base sur le mois pour approcher les 3,9%, un niveau plus vu depuis 2009. Le Bund allemand à 10 ans a suivi une trajectoire similaire avec une hausse de 50 points de base en mars, franchissant le seuil des 3,1%. Ce mouvement est alimenté par la révision brutale de la politique de la Banque Centrale Européenne (BCE), qui a relevé sa prévision d'inflation pour 2026 de 1,9% à 2,6% en raison du choc énergétique. Les marchés ne parient plus sur des baisses de taux, mais anticipent désormais au moins deux hausses de 25 points de base d'ici la fin de l'année 2026. Aux États-Unis, les rendements des Treasuries à 10 ans ont également touché des sommets de huit mois à 4,45%, tandis que le dollar américain signe sa meilleure performance mensuelle depuis juillet avec une progression de plus de 2% en mars. Parallèlement, le secteur des actifs numériques a été secoué par le projet de loi « Clarity Act », dont la nouvelle mouture prévoit d'interdire le versement de rendements passifs sur les stablecoins, provoquant une perte de valeur de 5,6 milliards de dollars pour la société Circle en une seule séance et pesant sur le Bitcoin qui revient sous les 66 000
dollars.
Pour la période à venir, les investisseurs scruteront les indicateurs de début de trimestre afin de confirmer l'ampleur du ralentissement économique mondial. Le rapport mensuel sur l'emploi américain (Non-Farm Payrolls) est attendu avec un consensus de 50 000 créations de postes pour mars, ce qui témoignerait d'un refroidissement ordonné après le choc négatif de février (-92 000 postes) et la vigueur de janvier (+126 000). En Europe, les données préliminaires de l'inflation pour le mois de mars seront déterminantes pour valider la trajectoire de la BCE, alors que l'inflation en Espagne a déjà bondi à 3,3%. En l'absence de désescalade diplomatique tangible avant l'ultimatum du 6 avril, la volatilité devrait rester la norme sur l'ensemble des classes d'actifs, les entreprises restant prudentes face aux risques de rupture prolongée des chaînes d'approvisionnement. Enfin, les opérateurs devront intégrer le retour au décalage horaire habituel de six heures avec Wall Street à la suite du passage à l'heure d'été en Europe ce week-end, facilitant à nouveau la synchronisation des flux financiers entre les deux continents.
Achevé de rédiger le 29/03/2026
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