Le marché obligataire traverse des tensions majeures
L'hebdo boursier : semaine du 18/09/2026 au 25/09/2026
La semaine boursière qui vient de s'écouler a mis en évidence une dynamique complexe, caractérisée par une résilience notable des marchés d'actions face à un réajustement d'une rare intensité sur les marchés obligataires mondiaux. Le CAC 40 a achevé la période sur une modeste progression de 0,2 %, s'établissant à 8 078 points, signant ainsi une stabilisation après plusieurs semaines d'incertitudes.
Évolution des marchés sur la semaine du 18/09/2026 au 25/09/2026 :
Évolution des marchés YTD (données arrêtées au 25/09/2026, en devises locales) :
La semaine boursière qui vient de s'écouler a mis en évidence une dynamique complexe, caractérisée par une résilience notable des marchés d'actions face à un réajustement d'une rare intensité sur les marchés obligataires mondiaux. Le CAC 40 a achevé la période sur une modeste progression de 0,2 %, s'établissant à 8 078 points, signant ainsi une stabilisation après plusieurs semaines d'incertitudes. Outre-Atlantique, la tendance s'est avérée plus vigoureuse, le S&P 500 s'adjugeant 1,2 %, ce dernier inscrivant même de nouveaux records en cours de semaine grâce à la thématique de l'intelligence artificielle et Meta en particulier. L'indice Euro Stoxx 50 a, pour sa part, avancé de 1,1 %. Ce maintien à flot des actifs risqués tranche singulièrement avec la nervosité ambiante qui s'est emparée des rendements souverains.
Des taux obligataires au sommet
Le marché obligataire a en effet traversé une phase de tension majeure, propulsant les taux vers des sommets oubliés depuis la crise financière. Aux États-Unis, le rendement de l'emprunt d'État à 10 ans a franchi le seuil psychologique des 5 % pour toucher 5,21 % jeudi, son plus haut niveau depuis 2007, avant de clôturer la semaine à 5,16 %. La partie très longue de la courbe a suivi cette trajectoire, le 30 ans américain atteignant 5,53 % vendredi, un sommet inédit depuis 2004. Les maturités intermédiaires ont également subi de forts dégagements, le taux à 5 ans dépassant les 5 % pour la première fois depuis 2007. Ce mouvement d'ampleur a été déclenché par une conjonction de facteurs macroéconomiques et techniques. L'indice PMI composite américain a témoigné d'une accélération de l'activité au rythme le plus rapide depuis plus de cinq ans, illustrant la persistance d'une économie florissante capable d'entretenir l'inflation. Parallèlement, l'absorption de la dette par les investisseurs montre des signes de fatigue, comme l'illustre la faible demande lors des adjudications d'obligations à 5 et 7 ans, qui se sont soldées par une prime exigée importante, tandis qu'une opération de rachat du Trésor américain sur les maturités de 20 à 30 ans n'a pas atteint ses objectifs de volume. Face à ces signaux, les investisseurs estiment désormais à deux chances sur trois, la probabilité d'une nouvelle hausse des taux directeurs par la Réserve fédérale lors de sa prochaine réunion du 28 octobre.
Le déficit public français inquiète
L'onde de choc obligataire a largement traversé l'Atlantique, poussant le rendement moyen de la dette souveraine mondiale aux portes des 4 %, un niveau record depuis 2007. Le Bund allemand à 10 ans a progressé jusqu'à 3,62 %. Cependant, c'est la situation des finances publiques françaises qui continue de retenir l'attention des opérateurs. Le rendement de l'OAT à 10 ans s'est stabilisé autour de 4,69 % en fin de semaine, après avoir touché 4,72 % jeudi, un niveau qui n'avait plus été observé depuis 18 ans. La prime de risque, mesurée par l'écart de rendement avec l'Allemagne, a connu un pic à 114 points de base en séance avant de terminer à 109 points de base. Cette défiance structurelle s'enracine dans la perspective d'un déficit public attendu à 5,4 % du PIB cette année, contre une cible initiale de 5 %, conjuguée à une fragmentation politique qui complique l'adoption de mesures correctrices. Les autorités monétaires s'en inquiètent, à l'image du représentant de la Banque de France, Emmanuel Moulin, qui a prévenu qu'un écartement de 100 points de base constituait un niveau beaucoup trop élevé et qu'une intervention de la Banque centrale européenne ne saurait remplacer une consolidation budgétaire nationale.
Le trafic toujours précaire dans le détroit d’Ormuz
Sur le front des matières premières et de la géopolitique, l'environnement demeure particulièrement instable, dictant une forte volatilité des cours de l'énergie. Les tractations diplomatiques en marge de l'Assemblée générale des Nations unies ont offert un spectacle contrasté. Si des discussions via des médiateurs ont eu lieu concernant une éventuelle réouverture du détroit d'Ormuz, la rhétorique officielle s'est durcie. Le président américain a évoqué la possibilité d'anéantir l'Iran en l'absence d'accord, tandis que les conseillers militaires de Téhéran ont brandi la menace d'une extension du conflit jusqu'à l'océan Indien. Dans ce contexte, le trafic commercial maintient un rythme précaire. Le baril de Brent a réagi à ces incertitudes en mettant fin à une série de cinq séances de baisse pour repasser la barre des 100 dollars, touchant les 106 dollars avant de clôturer la semaine en légère hausse à un peu plus de 104 dollars. Le marché du pétrole reste cependant scindé en deux dynamiques distinctes : le brut américain WTI s'est replié de près de 3,8 % autour de 92 dollars, subissant la pression des rumeurs de restrictions américaines imminentes sur les exportations de diesel. Ces craintes de pénurie sur les produits raffinés se matérialisent déjà dans l'économie réelle, le prix du diesel américain atteignant un niveau historique de 6,5 dollars le gallon, un bond de 73 % depuis le début des hostilités.
Sur un registre géopolitique plus apaisé, les investisseurs ont salué la prolongation de deux mois de la trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine, repoussée au 10 janvier, à la suite de la rencontre entre les deux chefs d'État à Washington. Du côté des autres classes d'actifs, l'or a fait preuve d'une certaine vulnérabilité face à l'envolée des taux réels, cédant 2 % pour s'établir à 4 285 dollars l'once. Le cuivre a légèrement progressé de 1% à 6,7 dollars la livre, soutenu par les contraintes pesant sur l'offre mondiale, notamment après la suspension des opérations de la mine d'Escondida à la suite d'un accident.
L'analyse microéconomique de la semaine met en exergue la domination sans partage de l'écosystème technologique, qui masque les fragilités d'autres secteurs. L'adoption croissante de l'intelligence artificielle continue de justifier des niveaux d'investissement colossaux. Le titre Meta s'est particulièrement illustré avec un bond de 11 % lundi, porté par le déploiement de son nouvel agent IA « Muse » et le lancement de nouvelles lunettes connectées. Les acteurs des infrastructures informatiques ont également été plébiscités, à l'image d'Akamai qui a profité d'un contrat majeur avec Anthropic. L'indice des semi-conducteurs a ainsi enregistré sa plus longue séquence de hausses hebdomadaires depuis mai. Ce prisme technologique n'a cependant pas profité à l'ensemble du marché. Les valeurs financières ont subi des dégagements en raison des inquiétudes liées à la disruption de leurs modèles par les assistants virtuels, tandis que les groupes liés à la consommation, tels que McDonald's, ont affiché des performances commerciales décevantes.
Inflation et emploi au cœur des attentes
La séquence à venir s'annonce particulièrement déterminante pour évaluer la capacité de l'économie à supporter ce nouveau paradigme de taux d'intérêt. Les opérateurs financiers analyseront avec la plus grande attention les publications américaines relatives à l'inflation PCE et aux créations d'emplois. L'actualité des banques centrales restera dense, avec la décision monétaire attendue en Australie et la publication des chiffres de l'inflation en zone euro. Enfin, la saison des résultats trimestriels commencera à livrer ses premiers enseignements, avec les publications de groupes d'envergure tels qu'Accenture, Nike ou encore Micron, qui feront office de baromètres pour jauger la résistance de la demande finale.
Achevé de rédiger le 27/09/2026
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures

