Les indices américains trébuchent
La semaine boursière s'est achevée dans un climat de nervosité palpable, marquée par un télescopage brutal entre des statistiques économiques américaines encourageantes et une violente escalade géopolitique au Moyen-Orient. Si le CAC 40 est parvenu in extremis à préserver l'équilibre sur la semaine, la configuration globale masque des dynamiques sous-jacentes d'une rare intensité. Le fait marquant de ces derniers jours réside dans l'embrasement du Golfe Persique : les frappes américaines sur des infrastructures iraniennes et les représailles directes de Téhéran au Koweït ont de nouveau paralysé le détroit d'Ormuz.
Évolution des marchés sur la semaine du 10/07/2026 au 17/07/2026 :
Évolution des Marchés YTD (données arrêtées au 17/07/2026, en devises locales) :
Conséquence immédiate, les cours de l'énergie se sont envolés. Le baril de Brent a bondi de plus de 15 % pour approcher les 88 dollars, tandis que le gaz européen a grimpé de 18 %. Plus inquiétant encore pour l'inflation future, les marges de raffinage américaines ont atteint un record absolu historique, annonçant un choc inévitable sur les prix à la pompe.
Cette flambée énergétique vient heurter de plein fouet les banques centrales, et particulièrement la Banque Centrale Européenne qui se réunit jeudi. Alors que les marchés s'attendent à un maintien des taux après la baisse de juin, la pression s'intensifie sur le marché obligataire européen. Ce mouvement de tension est exacerbé en France par des inquiétudes grandissantes sur la trajectoire des finances publiques. Un récent rapport alertant sur une dette publique qui pourrait dépasser 130 % d'ici 2030 a provoqué une onde de choc. Le taux à 10 ans français monte à 3,93 %, poussant l'écart de rendement avec le Bund allemand à 80 points de base.
De l'autre côté de l'Atlantique, le tableau est étonnamment paradoxal. L'inflation américaine de juin a surpris par sa faiblesse, l'indice de base enregistrant sa première baisse mensuelle depuis 2020. Si cette nouvelle a fait chuter le rendement du T-Bond à 2 ans et réduit considérablement les anticipations d'une hausse des taux en juillet, le discours de la Réserve fédérale reste le plus restrictif observé depuis trois ans. Devant le Congrès, son président, Kevin Warsh, a rappelé l'indépendance sacrée de son institution et refusé de crier victoire sur l'inflation. Les taux longs américains s'en ressentent, la courbe se pentifiant sous la pression d'une prime de terme qui intègre désormais la réalité d'un pétrole cher et de déficits chroniques. Dans ce contexte heurté, l'or a subi de fortes prises de bénéfices à 4 020 dollars l'once, tiraillé entre la baisse ponctuelle du dollar et la remontée des anticipations d'inflation à long terme.
Les semi-conducteurs corrigent
Sur le front microéconomique, nous assistons à une semaine à deux vitesses. Les indices américains ont trébuché, le S&P 500 cédant 1,6 % et le Nasdaq décrochant de 2,9 %. L'épicentre de ce séisme se trouve dans le secteur technologique, et plus particulièrement dans l'écosystème des semi-conducteurs. L'indice de référence SOX est officiellement entré en marché baissier, accusant un repli de 20 % depuis son pic de fin juin et vaporisant plus de 2 100 milliards de dollars de capitalisation. Cette violente correction a débuté en Asie, avec la nette baisse de SK Hynix à Séoul, victime d'une mécanique implacable de ventes forcées liées aux nouveaux ETF à effet de levier.
Pourtant, le paradoxe fondamental est total : les entreprises du secteur ont publié des résultats exceptionnels. TSMC a affiché une marge brute record de presque 68 % et relevé ses investissements, tandis qu'ASML a de nouveau rehaussé ses perspectives annuelles. Mais les attentes étaient devenues trop élevées, et les valorisations trop exigeantes ne toléraient plus la moindre incertitude. Les investisseurs s'interrogent désormais ouvertement sur la rentabilité finale des centaines de milliards de dollars investis dans l'intelligence artificielle par les géants du cloud. Le signal d'alarme est également venu du géant de l'informatique IBM, dont le titre s'est effondré de 27 % sur la semaine, les entreprises réduisant leurs budgets informatiques classiques pour financer à tout prix leurs infrastructures IA. La publication décevante de Netflix est venue assombrir davantage le tableau de la croissance technologique.
Cependant, il ne s'agit pas d'une fuite aveugle du marché, mais d'une rotation sectorielle d'une rare violence. Pendant que la technologie purgeait ses excès, le S&P 500 dans sa version équipondérée inscrivait un nouveau record historique, prouvant que les capitaux se redéploient vers l'économie traditionnelle. Les grandes banques américaines, à l'image de JPMorgan et Goldman Sachs, ont ainsi dévoilé des bénéfices record, propulsant leurs titres vers des sommets. En Europe, le groupe de luxe Richemont a pulvérisé le consensus avec une croissance spectaculaire de sa joaillerie, offrant une bouffée d'oxygène à l'ensemble du secteur.
Le marché entre désormais dans le cœur de la saison des résultats trimestriels. Cette semaine, l'attention se portera d'abord sur la Banque centrale européenne jeudi, où un statu quo est largement anticipé, mais où le discours de Christine Lagarde sera décortiqué à l'aune de la flambée pétrolière actuelle. Sur le front microéconomique, l'Europe verra défiler des poids lourds tels que Novartis, SAP, TotalEnergies et LVMH, ce dernier faisant office de juge de paix pour l'ensemble du secteur du luxe. Aux États-Unis, le véritable test de résistance pour le secteur technologique viendra des publications très attendues d'Alphabet et de Tesla. Enfin, les indices d'activité PMI vendredi permettront de mesurer l'impact réel de ces secousses sur l'économie réelle des deux côtés de l'Atlantique.
Achevé de rédiger le 19/07/2026
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures

