26 octobre 2026

Une semaine sous le signe du repli

L'hebdo boursier : semaine du 16/10/2026 au 23/10/2026

La semaine boursière écoulée, clôturée le vendredi 23 octobre 2026, a été marquée par un retour généralisé de l'aversion au risque sur les principales places financières mondiales, sous l'effet conjugué de nouvelles tensions sur les prix de l'énergie, d'une dégradation marquée des conditions obligataires en France et d'une rotation sectorielle prononcée au détriment de la thématique de l'intelligence artificielle. En Europe, l'indice CAC 40 a cédé 2,2 % tandis que le DAX allemand a reflué de 1,0 %. 

Évolution des marchés sur la semaine du 16/10/2026 au 23/10/2026 :

Évolution des marchés YTD (données arrêtées au 23/10/2026, en devises locales) :



Outre-Atlantique, les indices américains ont fait preuve d'une résistance relative en surface, le S&P 500 limitant son repli hebdomadaire à 0,5 % et le Nasdaq Composite cédant 0,7 % à 25 955 points, tandis que le Dow Jones parvenait à progresser de 0,4 % à 52 215 points. Les marchés asiatiques ont en revanche subi de lourds dégagements, pénalisés par leur forte pondération en valeurs technologiques et en semi-conducteurs : le Nikkei 225 japonais a reculé de 4,2 % et l'indice sud-coréen Kospi a perdu 2,1 % sur la semaine, portant sa baisse cumulée à plus de 20 % sur un mois glissant.

Le marché de la dette très sollicité

Au-delà des variations indicielles globales, la dynamique des marchés actions américains a été dominée par un choc de positionnement sur le segment des semi-conducteurs et des infrastructures liées à l'intelligence artificielle, qui a entraîné une importante réallocation interne des capitaux plutôt qu'une sortie nette de la classe d'actifs. La séance de jeudi a cristallisé ce mouvement : l'indice des semi-conducteurs de Philadelphie a cédé 6,7 %, enregistrant sa baisse quotidienne la plus marquée depuis le mois de juin. À l'inverse, au cours de cette même séance de jeudi où le Nasdaq 100 reculait de 2,9 %, 336 valeurs composant le S&P 500 ont terminé en hausse, permettant à la version équipondérée de l'indice américain de progresser de 0,8 % sur la journée et de 1,9 % sur l'ensemble de la semaine. Le compartiment de la consommation de base a ainsi atteint un niveau record aux États-Unis, tandis qu'en Europe, les valeurs défensives de consommation courante ont surperformé les semi-conducteurs de 34 % en l'espace de 3 semaines.

Cette rotation sectorielle traduit une interrogation croissante des investisseurs institutionnels quant au coût du capital et au mode de financement des investissements massifs dans l'intelligence artificielle, dans un environnement où le taux sans risque américain évolue autour de 5 %. Depuis le 1er janvier 2026, les émissions obligataires libellées en dollars liées à l'écosystème de l'intelligence artificielle ont atteint 420 milliards de dollars, soit un doublement par rapport au volume total de l'année 2025. Cette sollicitation intense du marché de la dette commence à tendre les conditions de crédit du secteur.

Symbole de cette pression capitalistique, Meta a enregistré au 3e trimestre son premier flux de trésorerie disponible négatif (-2,1 milliards de dollars) depuis son introduction en Bourse en 2012, tout en relevant le bas de sa fourchette d'investissements pour 2026 à 135 milliards de dollars et en créant une nouvelle catégorie d'actions sans droit de vote pour financer son développement. Il convient toutefois de nuancer ce risque systémique : selon les estimations de JPMorgan, le secteur technologique dans son ensemble génère cette année environ 400 milliards de dollars de liquidités de plus qu'il n'en investit, et les petits fournisseurs d'infrastructures ne représentent que 80 milliards de dollars sur les 1 800 milliards de dépenses d'investissement et de recherche-développement attendues, laissant aux grands groupes la capacité financière de reprendre ces actifs en cas de fermeture du marché du crédit.

Sur le plan macroéconomique et obligataire, le fait majeur de la semaine réside dans le retour de la fonction protectrice des emprunts d'État américains. Après avoir dépassé le seuil de 5,3 % au début du mois d'octobre, le rendement du Treasury à 10 ans s'est détendu de 17 points de base lors de la seule séance de jeudi - sa baisse quotidienne la plus importante depuis plus de 2 ans - pour clôturer la semaine à 4,99 %, tandis que le taux à 2 ans s'établit à 4,68 %. La corrélation négative entre les obligations souveraines américaines et les valeurs technologiques est ainsi revenue à son niveau d'il y a 1 an : à près de 5 % de rendement nominal, le portage obligataire permet désormais d'absorber environ 70 points de base de hausse supplémentaire des taux sur un horizon d'un an avant d'enregistrer une perte en capital. 

Une pression inflationniste en hausse 

En revanche, ce niveau de taux maintient une pression arithmétique sur les multiples de valorisation boursiers : le modèle de la Réserve fédérale comparant le rendement bénéficiaire du S&P 500 au taux à 10 ans affiche un écart négatif d'environ 1 point de pourcentage, et Wells Fargo estime que chaque hausse de 10 points de base du coût du capital pèse à hauteur de 2 % sur la valorisation théorique de l'indice américain. Cette vigilance s'impose d'autant plus que l'inflation américaine (à 3,7 %) évolue au-dessus de la cible de 2 % depuis 67 mois consécutifs, entraînant un recul des salaires réels depuis 6 mois et pesant sur le secteur immobilier américain, où des taux hypothécaires à 7,4 % ont ramené la confiance des constructeurs à son plus bas niveau depuis 14 ans.

En Europe, les pressions sur les prix demeurent également présentes, avec une hausse de 6,7 % sur 1 an des prix à la production en Allemagne (dont 15 % pour la composante énergétique) et une inflation britannique de septembre supérieure aux attentes. Sur le marché mondial du crédit d'entreprise, les primes de risque se sont écartées à leur plus haut niveau depuis mai 2025.

Flambée des prix de l’énergie

Sur le front des matières premières, les cours de l'énergie ont repris une trajectoire haussière prononcée, alimentée par une dégradation de la situation sécuritaire au Moyen-Orient. Le baril de Brent s'est apprécié de 6,2 % sur la semaine pour clôturer à 116,5 dollars (+90 % depuis le 1er janvier), tandis que le brut léger américain WTI a progressé de 4,3 % à 103 dollars. Les frappes menées mercredi par les rebelles houthis contre le gisement pétrolier de Shaybah exploité par Saudi Aramco et contre l'aéroport de Dammam en Arabie saoudite, conjuguées aux révélations du New York Times faisant état de plans de frappes américano-israéliennes contre les infrastructures énergétiques, nucléaires et balistiques iraniennes après les élections américaines de mi-mandat en novembre, ont installé une prime de risque durable sur l'ensemble de la courbe à 12 mois du brut.

Dans le détroit d'Ormuz, le trafic des navires de marchandises et des pétroliers s'est fortement contracté, propulsant le coût d'affrètement quotidien d'un superpétrolier entre le Moyen-Orient et la Chine à 6 fois son niveau d'avant-guerre. Aux États-Unis, cette flambée énergétique a porté le contrat d'essence RBOB en hausse de 86 % depuis le début de l'année (avec un prix moyen à la pompe de 4,25 dollars le gallon), pesant sur le pouvoir d'achat des ménages à 10 jours du scrutin de mi-mandat.

L'Europe subit une pression encore plus directe via le marché du gaz naturel : le contrat de référence TTF a progressé de 4,2 % sur la semaine pour atteindre 94 euros le mégawattheure, au plus haut depuis 2022, en raison de stocks continentaux saisonnièrement bas avant l'hiver, alors qu'à l'inverse le gaz naturel américain a cédé 16 % grâce à des prévisions météorologiques clémentes outre-Atlantique. Du côté des métaux précieux, l'or a manqué à sa fonction traditionnelle de valeur refuge en reculant de 4 % sur la semaine pour revenir sur le seuil des 4 000 dollars. Sur les métaux industriels, le cuivre LME a abandonné 2,0 % à 14 000 dollars la tonne, évoluant en étroite corrélation avec le repli des semi-conducteurs.

Des résultats dispersés 

Sur le plan microéconomique, la montée en puissance de la saison des résultats du 3e trimestre a donné lieu à une dispersion importante des performances boursières, le marché se montrant particulièrement exigeant sur la génération de trésorerie et la visibilité des marges. En Europe, plusieurs publications de premier plan ont été saluées par les investisseurs. L'Oréal s'est adjugé 8,8 % grâce à une accélération de sa croissance organique à 7,7 % au 3e trimestre. Le géant franco-italien de l'optique EssilorLuxottica a progressé de 17,4 % sur la semaine, dépassant nettement les attentes du consensus grâce à la solidité de la demande sur les montures et verres traditionnels, qui a largement compensé les premiers signes de normalisation du rythme de croissance des lunettes connectées. Le spécialiste des ressources humaines Randstad s’est envolé de 16 % après un bénéfice net en hausse de plus de 33%, et l'éditeur allemand de logiciels SAP a gagné 8 % après avoir annoncé une croissance de 26 % à change constant de son carnet de commandes infonuagiques. À l'inverse, les déceptions ont fait l'objet de lourdes sanctions.

Dans le secteur du luxe, Kering a cédé 16 % sur la semaine, pénalisé par le recul de 6 % des ventes de Gucci. Le titre Hermès a également cédé 7,4 % malgré une activité trimestrielle résiliente, subissant des prises de bénéfices par contagion sectorielle et la pression pesant sur les grandes capitalisations de la place parisienne.

Dans la grande distribution, Carrefour a chuté de 15 % après avoir abaissé sa prévision de bénéfice pour 2026, invoquant l'impact financier des émeutes urbaines. L'équipementier aéronautique Safran a reculé de 14 % en raison du ralentissement de ses activités d'après-vente de moteurs civils et du simple maintien de ses objectifs annuels.

Aux États-Unis, cette même sélectivité a prévalu face aux publications trimestrielles. Du côté des satisfactions, SpaceX a dévoilé un chiffre d'affaires sur 9 mois en hausse de presque 100 % à 27 milliards de dollars, tandis qu'IBM a progressé de 9 % grâce à la vigueur de ses activités logicielles. L'éditeur de logiciels de gestion de la relation client Salesforce a poursuivi sa trajectoire favorable en progressant de 3,25 %, confirmant le retour en grâce des acteurs logiciels capables de monétiser leurs outils d'intelligence artificielle agentique sans supporter le poids capitalistique des infrastructures matérielles. Le cabinet de conseil Accenture s'est apprécié de 8,5 % à la suite de multiples annonces de partenariats dans la cybersécurité et l'IA. Le leader des services parapétroliers Schlumberger (SLB) s'est adjugé 7,2 % à la faveur de résultats trimestriels robustes et d'une visibilité accrue sur les investissements d'exploration-production au Moyen-Orient.

À l'opposé, les équipementiers de semi-conducteurs et de stockage matériel ont été pénalisés malgré des résultats supérieurs aux attentes : Lam Research a reculé de 13% et Western Digital a cédé 7,4%. Alphabet a abandonné 6,0%, affecté par le mouvement général de réduction d'exposition des fonds spéculatifs sur les valeurs technologiques à forts investissements en amont de sa publication trimestrielle.

Le producteur d'or américain Newmont Mining a essuyé un recul de 8,2%, pénalisé par l'attention accrue du marché aux coûts d'exploitation du secteur minier malgré des résultats très supérieurs aux attentes. Enfin, le laboratoire Moderna (-8,22 %), GE Aerospace (-8,98 %), Netflix (-5,7 %), American Express (-3,9 %), Tesla (-3,3 %) et les opérateurs télécoms AT&T et T-Mobile ont terminé en repli.

Une semaine décisive

La semaine à venir constituera un point d'orgue tant sur le plan institutionnel et monétaire que sur le front microéconomique. En France, après le maintien par Moody's de la note souveraine Aa3 sous perspective négative vendredi soir, l'attention se portera dès mardi sur l'examen et le vote du budget 2027 à l'Assemblée nationale, avec un recours probable à l'article 49.3. Sur le plan macroéconomique européen, les premières estimations de croissance du PIB au 3e trimestre ainsi que les chiffres préliminaires d'inflation pour le mois d'octobre, publiés en fin de semaine, permettront de jauger l'ampleur du ralentissement continental et des pressions sur les prix.

Sur le volet monétaire, la Réserve fédérale américaine se réunira mercredi, suivie jeudi par la Banque centrale européenne. Cette séquence précédera de quelques jours les élections américaines de mi-mandat, une échéance qui a historiquement été suivie d'une progression du S&P 500 sur les 12 mois suivants lors de chaque scrutin depuis 1945 selon Wells Fargo. Enfin, la saison des résultats du 3e trimestre atteindra son pic d'intensité avec la publication d'environ un tiers des entreprises du S&P 500 et de 250 groupes mondiaux capitalisant plus de 10 milliards de dollars.

La semaine sera particulièrement décisive pour les grandes valeurs technologiques et de services informatiques : Alphabet et Microsoft publieront leurs résultats trimestriels le mercredi 28 octobre, suivis d'Amazon le jeudi 29 octobre - 3 rendez-vous majeurs qui permettront d'évaluer la rentabilité réelle des investissements dans l'intelligence artificielle -, avant la publication du chiffre d'affaires de Capgemini le vendredi 30 octobre. 

Achevé de rédiger le 26/10/2026

Les performances passées de préjugent pas des performances à venir 

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