Valeurs technologiques : le marché attend des preuves tangibles de monétisation
L'hebdo boursier : semaine du 23/10/2026 au 30/10/2026
La dernière semaine boursière du mois d'octobre s'est caractérisée par une divergence marquée entre le rebond des places européennes et le repli de Wall Street, dans un marché toujours dominé par les interrogations sur la rentabilité des investissements dans l'intelligence artificielle et la trajectoire des politiques monétaires.
Évolution des marchés sur la semaine du 23/10/2026 au 30/10/2026 :
Évolution des marchés YTD (données arrêtées au 30/10/2026, en devises locales)
Moins exposé aux valeurs technologiques et soutenu par une accalmie sur le marché obligataire souverain français, l'indice CAC 40 a progressé de 2,4 % sur 5 séances, effaçant intégralement sa baisse de la semaine antérieure, tandis que l’Euro Stoxx 50 a gagné 1,0 %. À l'inverse, la place new-yorkaise a subi le poids des dégagements sur les grandes capitalisations technologiques et du durcissement des anticipations de taux : le S&P 500 a cédé 0,6 % sur la semaine et le Nasdaq 2 %. En Asie, la Bourse de Tokyo est parvenue à se stabiliser après sa forte correction de la semaine passée, l'indice Nikkei 225 terminant en hausse de 0,6 %.
Une volatilité prononcée sur les valeurs technologiques
Au cœur de la dynamique boursière de la semaine, les publications du 3e trimestre des géants technologiques américains ont ravivé la prudence des investisseurs institutionnels quant au modèle économique et au coût capitalistique du développement de l'intelligence artificielle. Alors que les opérateurs exigent désormais des preuves tangibles de monétisation face à des dépenses d'infrastructures massives financées par un recours croissant à l'endettement, les annonces des têtes d'affiche du secteur ont entraîné une volatilité prononcée et une rotation au détriment des valeurs de croissance les plus valorisées.
Symbole de cette sélectivité accrue, la maison-mère de Google, Alphabet, a subi un repli hebdomadaire de 12,6 % à la suite de résultats trimestriels inférieurs aux attentes : si les revenus de sa division d'informatique dématérialisée Google Cloud ont affiché une croissance soutenue, le marché a lourdement sanctionné le ralentissement de la publicité dans les moteurs de recherche et surtout l'apparition d'un flux de trésorerie disponible négatif de 9,1 milliards de dollars, illustrant l'ampleur de la facture d'investissement liée à la course à l'intelligence artificielle. Parallèlement, le segment des éditeurs de logiciels d'entreprise a subi une onde de choc après la publication de ServiceNow, dont le titre a chuté de 34 % sur la semaine : malgré une hausse de 20 % de ses revenus trimestriels et un relèvement de ses objectifs annuels, l'annonce d'un ralentissement attendu de la croissance de son carnet de commandes à court terme a ravivé les craintes d'une pression concurrentielle exercée par le déploiement des nouveaux agents d'intelligence artificielle. Dans ce contexte de décompression des multiples technologiques, la gestion équipondérée américaine a de nouveau démontré sa capacité de résistance face aux indices pondérés par les capitalisations, à l'image de l'indice S&P 500 Equal Weight qui a progressé de 1,2 % sur la semaine.
Des taux directeurs inchangés
Sur le plan macroéconomique et monétaire, la séquence des banques centrales a confirmé le maintien d'un environnement de taux durablement restrictif de part et d'autre de l'Atlantique. Réunie mercredi, la Réserve fédérale américaine (Fed) a comme attendu maintenu ses taux directeurs inchangés, tout en laissant explicitement la porte ouverte à un nouveau relèvement lors de son échéance du mois de décembre. Ce statu quo prudent s'inscrit dans un contexte où les dernières données macroéconomiques témoignent d'une réaccélération de l'inflation américaine, alimentée non seulement par le niveau élevé des cours de l'énergie, mais également par la vigueur intrinsèque de l'économie des États-Unis, elle-même soutenue par les dépenses d'investissement massives dans l'écosystème de l'intelligence artificielle.
En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) a également opté jeudi pour un maintien de ses taux directeurs à l'issue d'une réunion sans surprise sur le plan monétaire, mais marquée sur le plan institutionnel par l'officialisation du départ anticipé de sa présidente, Christine Lagarde, qui quittera ses fonctions le 7 février 2027.
L’or poursuit son repli
Sur le front des matières premières, la semaine a été particulièrement difficile pour les métaux précieux à forte composante industrielle (le platine et le palladium cédant respectivement 8,6 % et 7,7 %), pris en étau entre le regain d'aversion au risque et les craintes pesant sur la demande manufacturière et automobile mondiale. De son côté, l'or a poursuivi son mouvement de repli en cédant 3,0 % sur la semaine pour clôturer à 3 875 dollars l'once, touchant vendredi son plus bas niveau depuis la mi-juillet. Sur le marché pétrolier, après la forte poussée de la semaine précédente, le baril de Brent a légèrement consolidé de 2,8 % en clôture hebdomadaire pour s'établir à 112 dollars (tout en ayant évolué autour de 115 dollars en cours de semaine), les cours de l'or noir demeurant soutenus par l'absence de résolution des contraintes d'approvisionnement liées aux conflits en Ukraine et en Iran.
Sur le plan microéconomique, le point culminant de la saison des publications du 3e trimestre a engendré une dispersion extrême des performances individuelles. Sur le continent américain, au-delà de la chute de ServiceNow et d'Alphabet, le spécialiste de la cybersécurité Fortinet a cédé 24 % sur la semaine : bien que ses revenus du 3e trimestre aient progressé de 20 % avec un relèvement de ses objectifs annuels, le marché a sanctionné des perspectives de croissance jugées insuffisantes. Au sein des géants technologiques, Microsoft a par ailleurs fait preuve de résilience en limitant son repli hebdomadaire à 0,5 % à l'issue de sa conférence du 27 octobre et de la publication, le 28 octobre, des résultats du 1er trimestre de son exercice décalé 2027. En Amérique latine, la réélection de Luiz Inácio Lula da Silva à la présidence du Brésil a provoqué de lourds dégagements sur les valeurs financières brésiliennes cotées à New York face aux craintes d'un assouplissement budgétaire, de taux d'intérêt durablement élevés et d'un ralentissement économique au Brésil.
L’inflation en zone euro attendue
La semaine à venir sera dominée par une actualité politique, monétaire et macroéconomique de premier plan, complétée par des rendez-vous microéconomiques décisifs. L'événement majeur résidera dans la tenue des élections de mi-mandat (midterms) aux États-Unis, dont les résultats sont attendus dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4 novembre et détermineront la configuration du Congrès pour les 2 dernières années du mandat présidentiel de Donald Trump.
Sur le front des banques centrales, le resserrement monétaire mondial pourrait reprendre des couleurs avec les réunions de la Banque de réserve d'Australie (mardi) et de la Banque d'Angleterre (jeudi), pour lesquelles le consensus de marché anticipe de nouvelles hausses de taux directeurs.Sur le plan des indicateurs conjoncturels, les opérateurs suivront avec attention mercredi la publication de l'estimation préliminaire de l'inflation annuelle d'octobre dans la zone euro - projetée à 3,8 % -, avant la parution vendredi des chiffres mensuels du marché du travail américain pour le mois d'octobre, qui constitueront un jalon décisif en vue de la réunion de décembre de la Réserve fédérale.
Enfin, sur le front microéconomique, l'attention se portera dès lundi sur les publications d'Apple et de Palantir, suivies mardi par les résultats d'AMD. Ce rendez-vous sera particulièrement scruté : il permettra de déterminer si le net repli observé vendredi sur les semi-conducteurs relevait d'une simple consolidation passagère, ou s'il amorce une véritable remise en question, par le marché, de la colossale facture liée aux investissements dans l'intelligence artificielle.
Achevé de rédiger le 01/11/2026
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures

