Quelle forme juridique choisir pour créer votre cabinet de CGP ?
Entreprise individuelle, EURL, SASU, SARL ou SAS : plusieurs structures permettent d’exercer une activité de conseil en gestion de patrimoine.
- Pourquoi il est important de bien choisir sa forme sociale ?
- Vous souhaitez exercer seul : EI, EURL ou SASU ?
- Vous souhaitez vous associer : SARL ou SAS ?
- EI, EURL, SASU, SARL, SAS : les différences en un coup d’œil
- Quels critères pour choisir la forme sociale adaptée à votre projet de cabinet ?
- Quelles démarches prévoir pour créer votre cabinet de CGP ?
L’essentiel en 4 points
- L’entreprise individuelle, l’EURL et la SASU sont des formes sociales adaptées si vous souhaitez exercer seul le métier de CGPI.
- La SARL et la SAS permettent notamment d’organiser un projet à plusieurs.
- Chiffre d’affaires, charges, revenu souhaité, perspectives de croissance et éventuelle association doivent être examinés ensemble avant de choisir.
- Dès le lancement de votre cabinet, pensez aussi à votre protection en tant que dirigeant.
Pourquoi il est important de bien choisir sa forme sociale ?
Le choix de la forme sociale est une étape importante dans la création d’un cabinet de conseil en gestion de patrimoine. Il détermine les règles de fonctionnement de l’entreprise, les obligations comptables, le régime social du dirigeant et les perspectives de développement.
Ce choix n’est pas pour autant définitif : vous pourrez le modifier en fonction de l’évolution de votre activité, mais chaque changement a des conséquences juridiques, fiscales et sociales et bien entendu financières. Une raison supplémentaire de bien connaître les spécificités juridiques de chaque structure avant de faire votre choix définitif.
Selon votre projet, trois possibilités s’offrent à vous : exercer en nom propre, créer seul une société ou vous associer pour monter un cabinet à plusieurs.
Vous souhaitez exercer seul : EI, EURL ou SASU ?
L’entreprise individuelle : une structure pour démarrer en nom propre
L’entreprise individuelle (EI) est souvent privilégiée pour démarrer simplement. Vous exercez en votre nom, sans créer de personne morale distincte.
Responsabilité. Depuis la loi du 14 février 2022 et sauf exceptions, vos patrimoines personnel et professionnel sont séparés, ce qui contribue à protéger vos biens personnels.
Fiscalité. Votre rémunération dépend de vos bénéfices. Ceux-ci sont soumis par défaut à l’impôt sur le revenu, avec une option possible pour l’impôt sur les sociétés. Vous n’avez donc pas de salaire à vous verser : vous prélevez sur vos bénéfices, qui sont imposés, que vous les prélevez ou non.
Régime social. Vous relevez du régime social des travailleurs non salariés (TNS) et versez vos cotisations à l’Urssaf.
Formalités et gestion. Vous n’avez ni statuts à rédiger, ni capital social à constituer.
Évolution. L’EI ne permet pas de vous associer : si vous souhaitez accueillir un partenaire ou un investisseur, vous devrez faire évoluer votre structure. Elle se révèle donc moins adaptée si vous envisagez de développer rapidement votre cabinet, de faire entrer de nouveaux associés ou de préparer sa transmission. De plus, la disparition ou l'incapacité prolongée du dirigeant exerçant les fonctions réglementaires clés peut compromettre la continuité d'exploitation du cabinet et conduire à la perte de certaines habilitations en l'absence d'organisation adaptée. Cette situation pourra en outre conduire à une possible dévalorisation de l’entreprise.
L’EURL : exercer seul dans le cadre d’une SARL
L’EURL est une SARL constituée d’un seul associé, qui peut être une personne physique ou morale. Sa gestion doit toutefois être confiée à une personne physique appelée « gérant » , qu’il s’agisse de l’associé unique ou d’un tiers. Cette affirmation est d’autant plus vraie que la réglementation fait reposer les obligations de capacité professionnelle et de formation obligatoire sur la tête de la personne physique pour accepter qu’une personne morale puisse exercer sous les différents statuts réglementaires (CIF, IAS, IOBSP…). Si vous cumulez les rôles d’associé unique et de gérant, certaines règles de fonctionnement sont simplifiées.
Responsabilité. Votre patrimoine personnel est protégé : votre responsabilité est en principe limitée au montant de vos apports. Si vous êtes également gérant, vos biens personnels peuvent toutefois être engagés en cas de faute de gestion.
Fiscalité. Lorsque l’associé unique est une personne physique, les bénéfices sont généralement soumis par défaut à l’impôt sur le revenu, avec la possibilité d’opter pour l’impôt sur les sociétés.
Régime social. Si vous êtes à la fois associé unique et gérant, vous relevez du régime social des travailleurs non-salariés (TNS).
Formalités et gestion. Vous rédigez des statuts, fixez librement le montant du capital social, puis le déposez sur un compte ouvert au nom de la société. Vous immatriculez ensuite l’entreprise au registre national des entreprises (RNE) et, lorsqu’elle exerce une activité commerciale, au registre du commerce et des sociétés (RCS). Vous tenez une comptabilité, faites approuver les comptes chaque année et les déposez auprès du guichet unique. L’EURL implique ainsi davantage de formalités qu’une entreprise individuelle.
Attention également à bien adapter la rédaction de vos statuts si vous bénéficiez d’une allocation chômage type ARE ou ARCE, destinées aux créateurs d'entreprise.
Évolution. Vous pouvez céder tout ou partie de vos parts sociales, ce qui facilite l’évolution et la transmission de l’activité. L’arrivée d’un second associé transforme l’EURL en SARL. D’ailleurs, cette évolution est fortement recommandée compte tenu des mêmes risques réglementaires de l’EURL rapportée à l’EI. En effet, le développement de cette structure peut être compromise par la disparition du dirigeant qui pourra conduire à la radiation de la structure auprès de l’Orias. En tant que futur candidat à l’activité de CGP, vous devrez donc là aussi être très vigilant dans la rédaction de la procédure PCA (Plan de continuité d’activité) pour envisager les différents cas de figure y compris en cas d’invalidité pouvant affecter le fonctionnement normal de l’entreprise.
La SASU : exercer seul avec des statuts sur mesure
La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) est une SAS constituée d’un seul associé, qui peut être une personne physique ou morale. Elle est dirigée par un président, lui-même personne physique ou morale, qui peut également être l’associé unique. Les statuts déterminent librement les règles de fonctionnement et de gouvernance de la société.
Responsabilité. Votre responsabilité est limitée au montant de vos apports.
Fiscalité. La SASU relève par défaut de l’impôt sur les sociétés, tout en pouvant opter temporairement pour l’impôt sur le revenu sous certaines conditions.
Régime social. Lorsque le président est rémunéré, il relève du régime général en tant qu’assimilé salarié, sans bénéficier automatiquement de l’assurance chômage au titre de son mandat.
Formalités et gestion. Vous rédigez des statuts, fixez librement le montant du capital social, puis le déposez sur un compte ouvert au nom de la société. Vous publiez une annonce légale et déposez un dossier d’immatriculation auprès du guichet unique. Vous tenez une comptabilité, établissez les comptes annuels et les déposez auprès du guichet unique. La SASU implique ainsi davantage de formalités qu’une entreprise individuelle.
Évolution. Les statuts organisent les conditions de prise de décision et de cession des actions, ce qui facilite l’évolution et la transmission de la société. Cette liberté suppose une rédaction rigoureuse des statuts. L’associé unique peut céder ses actions ou accueillir de nouveaux associés : la société devient alors une SAS. Cette souplesse dans son fonctionnement fait de cette structure une arme redoutable en cas de velléités de croissance externe. Attention, toutefois également à la disparition du dirigeant unique.
Vous souhaitez vous associer : SARL ou SAS ?
La SARL : un cadre défini par la loi pour s’associer
La société à responsabilité limitée (SARL) réunit au minimum deux associés, personnes physiques ou morales, et au maximum cent. Elle offre un cadre juridique sécurisant et évolutif, qui facilite le partenariat.
Responsabilité. Le capital social est d’un euro minimum. La responsabilité des associés est en principe limitée au montant de leurs apports. Le gérant, obligatoirement une personne physique, associée ou non, engage davantage sa responsabilité civile, pénale et fiscale.
Fiscalité. La SARL relève par défaut de l’impôt sur les sociétés. Une option pour l’impôt sur le revenu existe sous certaines conditions.
Régime social. Le régime social du gérant dépend de sa part dans le capital. Le gérant majoritaire (plus de 50 % des parts) relève du régime des TNS. Le gérant minoritaire ou égalitaire, lorsqu’il est rémunéré, relève du régime général en tant qu’assimilé salarié, sans assurance chômage au titre du seul mandat.
Formalités et gestion. Vous rédigez des statuts, fixez librement le capital social, nommez un gérant (ou plusieurs), immatriculez la société et publiez un avis de constitution. Vous tenez une comptabilité et déposez les comptes annuels. Les associés doivent se réunir en assemblée générale au moins une fois par an.
Évolution. La cession de parts à un tiers est soumise à l’agrément des associés. Cette règle protège la composition du capital, mais encadre l’entrée de nouveaux associés. La cession de parts donne en principe lieu à des droits d’enregistrement plus élevés que celle d’actions de SAS.
La SAS : une gouvernance définie par les statuts
La société par actions simplifiée (SAS) compte au moins deux associés, personnes physiques ou morales, dont le nombre n’est pas plafonné. Elle est dirigée par un président. Les statuts déterminent ses règles de fonctionnement et de gouvernance.
Responsabilité. La responsabilité des associés est en principe limitée au montant de leurs apports.
Fiscalité. La SAS relève par défaut de l’impôt sur les sociétés (IS), avec une option temporaire pour l’impôt sur le revenu sous certaines conditions.
Régime social. Le président relève du régime général en tant qu’assimilé salarié, sans bénéficier automatiquement de l’assurance chômage au titre de son mandat. Si la société est imposée à l’IS, votre rémunération sera imposée en tant que salaires.
Formalités. La création d’une SAS implique plusieurs formalités. Il est conseillé de faire appel à un professionnel du droit, comme un avocat ou un notaire, pour rédiger les statuts. Vous devrez notamment y préciser l’adresse du siège social, le nom des dirigeants et le montant du capital, que vous fixez librement. Vous désignez ensuite le président, publiez un avis de constitution dans un journal d’annonces légales, puis déposez votre dossier d’immatriculation auprès du guichet unique de l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi). Une fois la société créée, vous devrez tenir une comptabilité et déposer chaque année les comptes annuels.
Évolution. Les statuts fixent les conditions de cession des actions et d’entrée des associés. Cette souplesse suppose une rédaction rigoureuse, notamment pour répartir les pouvoirs entre le président et les associés.
EI, EURL, SASU, SARL, SAS : les différences en un coup d’œil
Nombre d'associés, responsabilité du dirigeant, mode d'imposition, régime social du dirigeant, formalités de création, entrée d'associés et cession, retrouvez dans ce tableau toutes les différences entre les formes juridiques : EI, EURL, SASU, SARL, SAS.
Quels critères pour choisir la forme sociale adaptée à votre projet de cabinet ?
Choisir la forme sociale de son cabinet ne consiste pas simplement à comparer les caractéristiques d’une entreprise individuelle, d’une EURL ou d’une SASU. Ce choix doit avant tout être guidé par la façon dont vous souhaitez exercer votre activité aujourd’hui et la développer demain.
- Allez-vous exercer seul ?
Première question : souhaitez-vous exercer seul ou vous associer ? Si vous démarrez en solo, envisagez-vous de le rester durablement ou pourriez-vous accueillir de nouveaux associés à terme ? Les statuts unipersonnels (EI, EURL, SASU) sont simples à créer et à piloter, mais ils ne prévoient pas d’associés. L’arrivée d’un second associé impose en effet une évolution de la structure (passage en SARL ou en SAS pluripersonnelle), avec les formalités et la rédaction de statuts que cela suppose.
- Quelles rémunérations et protection sociale ?
Il faut ensuite vous interroger sur la manière dont vous souhaitez vous rémunérer et vous protéger. Selon la forme juridique et le statut du dirigeant (travailleur non salarié ou assimilé salarié), les modalités de rémunération, le niveau de cotisations et la couverture sociale diffèrent sensiblement : retraite, prévoyance, indemnités journalières, droits en cas de perte d’activité. L’objectif est de trouver le bon équilibre entre rémunération nette, charges sociales et protection du dirigeant.
- Quel niveau de responsabilité êtes-vous prêt à accepter ?
La question de la protection du patrimoine et de la responsabilité doit également entrer dans l’équation. Créer votre cabinet implique de bien distinguer ce qui relève de l’activité professionnelle de ce qui appartient à la sphère personnelle. L’étendue de cette séparation varie selon le statut retenu : la société crée une personnalité juridique distincte, tandis que l’entreprise individuelle repose sur un régime légal de séparation des patrimoines. Il convient aussi de mesurer les risques propres à l’exercice du conseil en gestion de patrimoine (mise en cause de la responsabilité professionnelle, obligations réglementaires, assurance de responsabilité civile professionnelle) et d’apprécier ceux inhérents au mode d’exercice retenu.
Quelles sont les perspectives d’évolution du cabinet ?
Enfin, il est utile de vous projeter au-delà des premières années : à la tête de quel type de cabinet souhaitez-vous être demain ? Recruter des collaborateurs, faire entrer un associé au capital, développer l’activité, préparer sa transmission ou sa cession… Le statut choisi doit être suffisamment cohérent avec ces perspectives pour accompagner la trajectoire de développement du cabinet. Une structure sociétaire, par exemple, facilite l’ouverture du capital et la valorisation du cabinet en vue d’une cession, ce qui est plus délicat à organiser sous une forme individuelle. Il n’existe donc pas un statut idéal pour tous les CGPI, mais un statut adapté à chaque projet. Projet entrepreneurial, rémunération, protection sociale, fiscalité, patrimoine et perspectives de développement sont autant de critères à mettre en balance avant de faire son choix. Un échange avec un expert-comptable ou un avocat ou bien un accompagnement par un partenaire qui connait les enjeux propres aux CGP en phase d’installation, permettra de valider l’option la plus adaptée pour vous.
Quelles démarches prévoir pour créer votre cabinet de CGP ?
La forme sociale définit le cadre de l’entreprise ; elle ne donne pas, à elle seule, le droit d’exercer toutes les activités de conseil patrimonial. Les démarches dépendent du périmètre réel des services que vous allez proposer à vos clients.
Si l’activité comprend du conseil en investissements financiers (CIF), vous devez notamment satisfaire aux conditions de compétence et d’honorabilité, disposer d’une assurance de responsabilité civile professionnelle, adhérer à une association professionnelle agréée par l’AMF et être immatriculé à l’Orias.
D’autres activités peuvent nécessiter des statuts ou habilitations distincts : intermédiation en assurance (IAS), intermédiation en opérations de banque et services de paiement (IOBSP), ou encore opérations relevant du démarchage bancaire et financier. Les exigences exactes dépendent des activités effectivement exercées et des modalités de rémunération. Il faut les vérifier avant le lancement, et non après l’immatriculation.
Enfin, prévoyez la mise en place de la comptabilité, la souscription d’une RC pro, les documents contractuels, les procédures de conformité et les outils de suivi de la relation client, ainsi que la constitution d’une offre financière dimensionnée pour répondre aux objectifs de tous vos clients.
Article publié le 5 novembre 2026

