« If I go the turkish bath, I risque, I risque énormément. But if I reste ici, I risque encore plus... So, I risque on the two tableaux ! » Louis de Funès dans La grande Vadrouille
Pour reformuler la démonstration de Louis de Funès, le « zéro risque » n’existe pas. Pourtant, il est communément admis qu’en matière d’investissement, le monétaire (ou fonds en Euro) est un actif sans risque, et à l’inverse, les actions l’archétype d’un actif risqué. Mais, cette perception est-elle toujours valable dans une perspective de long terme ?
Une vision nominale pour le court terme
Le référentiel utilisé pour la notion de risque s'établit sur une approche nominale à court terme (hors inflation) : les actions sont volatiles et peuvent engendrer des pertes importantes, alors que le monétaire (ou le fonds en Euro) offre rendement et stabilité.
Une inflation à appréhender pour le long terme
Mais, à long terme, les choses peuvent être différentes. L'inflation réduit la valeur réelle des placements monétaires, entraînant un risque sur le pouvoir d’achat. À contrario, les actions peuvent, toutes choses égales par ailleurs, apporter une protection contre l'inflation. En effet, les entreprises ont tendance à répercuter l'augmentation des coûts via les prix. Elles préservent ainsi leurs profitabilités. Les dividendes peuvent croître au rythme de l’inflation.
À noter que les actions sont impactées par le risque de faillites ou de chute durable dans les phases de repli de la croissance économique.
Une prime de rendement pour compenser la volatilité
Les investissements actions offrent généralement une prime de rendement pour compenser ces risques. Plusieurs méthodes permettent de la calculer.
Une approche simple consiste à comparer le rendement des dividendes actions augmenté du taux d’inflation au rendement nominal du marché monétaire. Cette prime de risque peut être estimée aujourd'hui entre 2 % et 2,5 % par an en Europe.
À long terme, elle doit permettre de financer les risques de fluctuation des actions. Les études empiriques suggèrent qu’au-delà d’un horizon temporel de 10 ans, nous avons plus de chance d'avoir une meilleure performance avec un portefeuille actions diversifié qu'avec le monétaire. Certaines études ont même montré que cela se produisait dans 70 % des cas aux États-Unis. Bien entendu, il convient de s'interroger sur les conditions économiques qui prévalent pour évaluer la prime de risque et améliorer les chances de succès.
L’impact des biais comportementaux sur les investissements
Dans les faits, les biais comportementaux (et ils sont nombreux) ont un impact majeur sur nos choix d'investissement. Par exemple, les actions n'ont pas la même représentation dans l'imaginaire des ménages français et américains.
Aux États-Unis, le risque est considéré comme une opportunité, tandis qu'en France, il est perçu comme une menace à éviter. Cela conduit à des stratégies d'investissement sensiblement différentes, influençant la capacité à faire face aux enjeux de préservation du pouvoir d'achat à long terme. Ainsi, la part des actions dans le patrimoine financier des ménages n'atteint pas les 20 % en France, alors qu'elle s'établit autour des 40 % aux États-Unis.
Les biais cognitifs conduisent souvent les épargnants à des décisions irrationnelles, renforçant les actions en haut de cycle et diminuant leur exposition dans les phases de stress. Ils amplifient les bulles spéculatives en période d'expansion et accentuent les paniques en période de récession. L'impact sur le patrimoine des épargnants est négatif et contribue à accroître leur sensibilité au risque.
Pour une prise de décision éclairée, quelques principes doivent guider la réflexion. En premier lieu, à long terme, l'absence de risque n'existe pas. Ensuite, l'horizon d'investissement reste le premier critère à prendre en compte. Enfin, une analyse simple des conditions de marché doit permettre d'estimer la prime de risque qui influence la probabilité de succès de la stratégie et protéger l'investisseur de certains biais comportementaux.


