9 mars 2026

Conflit au Proche-Orient : les marchés mondiaux vacillent

L’hebdo boursier : semaine du 27/02/2026 au 06/03/2026

La semaine restera indéniablement gravée comme l'une des plus complexes de ces dernières années. Le déclenchement des frappes américano-israéliennes sur l'Iran, la mort annoncée du Guide suprême et les ripostes de Téhéran à travers tout le golfe Persique ont provoqué un choc d'une rare intensité. Fin de parcours abrupte pour le CAC 40, qui abandonne 6,9 % sur cinq séances, effaçant un mois de records consécutifs. La capitulation a été tout aussi sévère sur le reste du Vieux Continent, l'Eurostoxx50 et le DAX cédant près de 6,8 %, lourdement pénalisés par les secteurs bancaires et la distribution. L'Asie a pour sa part, été le théâtre d'un épisode extrême de ventes forcées, le MSCI Asia Pacific signant sa pire performance depuis mars 2020 avec une chute de 9 %. Le KOSPI sud-coréen a particulièrement illustré cette panique, subissant un krach historique de 12 % mercredi sous l'effet d'appels de marge massifs, avant de rebondir violemment le lendemain. À l'inverse, les actifs américains ont fait preuve d'une résilience relative remarquable, le S&P 500 limitant son recul à -2 %, tandis que le Nasdaq cédait -1,6 %. Cette surperformance s'explique par un changement de paradigme fondamental : les États-Unis étant devenus exportateurs nets d'énergie, le dollar amplifie désormais les chocs pétroliers au lieu de les absorber, attirant massivement les capitaux en quête de refuge, bien que l'indice de volatilité VIX ait logiquement bondi à 30.  

Evolution des Marchés sur la semaine du 27/02/2026 au 06/03/2026 :   

Flambée du pétrole et du gaz

Le marché de l'énergie et des matières premières a été l'épicentre de cette secousse, enregistrant des mouvements d'une forte ampleur. Le blocage effectif du détroit d'Ormuz, où plus de deux cents navires commerciaux sont actuellement à l'ancre, a totalement asphyxié l'offre mondiale. Le baril de WTI a enregistré sa plus forte hausse hebdomadaire de l'histoire des contrats à terme avec un bond de 35 %, tandis que le Brent s'est envolé de 28 % pour repasser la barre des 90 dollars. La situation s'est aggravée avec la décision de l'Irak de couper 1,5 million de barils par jour et l'avertissement du ministre qatari de l'énergie, Saad al-Kaabi, affirmant que la production ne reprendrait pas sans un cessez-le-feu complet, brandissant la menace d'un baril à 150 dollars. Les conséquences en cascade sont lourdes pour l'économie réelle : le contrat gazier européen a grimpé de plus de 60 %, le prix du carburant d'aviation a atteint des records, et le marché des engrais est sous pression extrême, poussant le Koweït à bannir ses exportations alimentaires. Dans ce climat de rupture d'approvisionnement, l'aluminium a franchi les 3 400 dollars la tonne à Londres. Paradoxalement, l'or a déçu en tant qu'actif protecteur, reculant sous les 5 150 dollars l'once, victime collatérale de la force écrasante du billet vert et des liquidations forcées destinées à couvrir les pertes sur d'autres classes d'actifs. 

Les banques centrales dans l’impasse

Sur le front macroéconomique, la publication du rapport mensuel sur l'emploi américain est venue asséner un second coup de massue aux investisseurs, matérialisant brutalement le scénario de stagflation que le marché redoutait. L'économie américaine a détruit 92 000 postes en février, une première depuis fin 2020, tandis que le taux de chômage remontait à 4,4 %. Cette conjonction entre une contraction inattendue du marché du travail et une poussée inflationniste importée par les prix de l'énergie place les banques centrales dans une impasse stratégique, les deux volets de leur mandat se détériorant simultanément. Le recalibrage des anticipations monétaires a été rapide : les opérateurs ne valorisent plus que 40 points de base de baisse des taux par la Réserve fédérale pour l'année en cours. En Europe, le choc est encore plus vif pour les économies importatrices d'énergie, entraînant la chute de l'euro sous le seuil des 1,16 dollar face au billet vert. Les cambistes estiment désormais que la Banque centrale européenne pourrait être contrainte de procéder à une hausse de taux de 25 points de base cette année pour enrayer l'inflation par les coûts, un renversement de perspective dangereux alors que l’économie demeure fragile.

Résistance de l’IA et rebond des cryptos

Malgré ce chaos systémique, la sphère microéconomique a offert quelques signaux de résistance, confirmant que certaines thématiques d'investissement structurelles demeurent intactes. Le cycle de l'intelligence artificielle a notamment brillé du côté des infrastructures, porté par les publications de Broadcom, qui s'est adjugé 7,5 % en validant un objectif de 100 milliards de dollars de ventes de puces IA pour 2027, et de Marvell, en hausse de 18 %. Ces annonces offrent un contrepoids essentiel à la morosité ambiante en rappelant que la demande technologique matérielle ne faiblit pas. En revanche, le stress s'accentue de manière inquiétante sur le segment de la dette privée, illustré par le fonds Blackstone BCRED qui a essuyé des rachats records frôlant les 3,8 milliards de dollars, signalant une crise de liquidité naissante sur le crédit non régulé. Enfin, contre toute attente, le marché des cryptomonnaies a fait preuve d'une résilience notable. Le Bitcoin a rebondi pour évoluer autour des 68 500 dollars, soutenu par des flux entrants dépassant 1,1 milliard de dollars sur les ETF en début de semaine, profitant de rachats à bon compte après une sévère correction de six semaines, bien qu'il reste largement prisonnier des flux d'aversion au risque globaux. 

Achevé de rédiger le 08/03/2026

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures

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