Les marchés entrent dans une zone d’incertitude durable
L’hebdo boursier : semaine du 06/03/2026 au 13/03/2026
La semaine boursière s'achève sur fond de résignation prudente, les opérateurs de marché actant progressivement que le conflit au Moyen-Orient n'est ni un événement court, ni circonscrit à sa région d'origine.
Le CAC 40 recule de 1 % sur la semaine, s'inscrivant dans un mouvement baissier global où Wall Street souffre davantage dès les premières séances, le S&P 500 cédant 2 % et le Nasdaq 1,6 %, tandis que le Nikkei japonais, particulièrement vulnérable sur la question de la facture énergétique, lâche plus de 3 %.
Évolution des marchés sur la semaine du 06/03/2026 au 13/03/2026 :
Les déclarations américaines promettant une fin de guerre imminente n'ont manifestement convaincu personne. La prime de risque géopolitique reste entière, et les investisseurs intègrent désormais que les répercussions économiques de ce conflit s'inscriront dans la durée, affectant de manière asymétrique les différentes classes d'actifs et pénalisant lourdement les secteurs liés au cycle économique ou fortement dépendants des transports.
Le détroit d’Ormuz, épicentre des tensions
L'épicentre de cette déstabilisation systémique demeure le marché pétrolier, confronté à un choc d'offre d'une ampleur inédite. Le blocage physique du détroit d'Ormuz prive purement et simplement les pays du Golfe de leurs débouchés maritimes, sature leurs capacités de stockage et les contraint à réduire drastiquement leur production. L'Irak, le Koweït, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite ont ainsi tous annoncé des coupes unilatérales pour éviter l'engorgement total de leurs infrastructures. Dans ce contexte de rareté forcée, le Brent, après une incursion particulièrement anxiogène vers les 120 dollars en début de semaine, se stabilise autour de 100 dollars en hausse de 12 % sur la semaine. La réponse coordonnée des nations occidentales, bien qu'historique avec la libération de 400 millions de barils de réserves stratégiques par l'Agence internationale de l’énergie et la suspension temporaire des sanctions américaines sur le brut russe jusqu'au 11 avril, a seulement permis de lisser la volatilité extrême sans traiter la racine du mal. Tant que cette artère logistique mondiale restera fermée, les prix demeureront structurellement sous tension.
Des répercussions en chaîne sur les matières premières
Cette onde de choc se propage d'ailleurs mécaniquement à l'ensemble du complexe des matières premières. L'aluminium, dont le processus de fonte est extrêmement énergivore, franchit allègrement la barre des 3 500 dollars la tonne, tandis que les céréales s'envolent à Chicago sous la pression anticipée des coûts de transport et des engrais. Seul l'or fait exception à cette flambée généralisée, reculant légèrement pour s'établir autour des 5 050 dollars l'once, contraint par la force écrasante du billet vert.
Le dollar retrouve son statut de valeur refuge
C'est précisément sur le front macroéconomique que s'opère le véritable basculement de la semaine. Les données du Core PCE américain, ressorties en ligne avec les attentes à +0,4 % mensuel et accompagnées de dépenses des ménages étonnamment solides, sont d'ores et déjà considérées comme obsolètes par des salles de marché hypnotisées par le spectre de la stagflation. Un tel choc pétrolier agit simultanément comme un impôt récessif massif sur la croissance mondiale et comme un combustible inflationniste, menaçant d'effacer des mois d'efforts de resserrement monétaire. Les opérateurs ont intégré cette nouvelle réalité : ils ne valorisent plus qu'une seule baisse de taux aux US sur l'ensemble de l'année, contre deux encore espérées il y a quelques semaines. Cette révision de la trajectoire monétaire a propulsé le dollar dans son rôle de valeur refuge ultime, reléguant l'euro à son plus bas niveau depuis le mois d'août dernier avec une baisse hebdomadaire de 1,3 % et un recul de plus de 2 % depuis le mois de janvier.
Le marché obligataire européen, particulièrement sensible au risque d'inflation importée par l'énergie, a subi une brutale sanction, le rendement du Bund allemand à 10 ans flirtant de nouveau avec ses sommets de l'année 2023 pour s'établir non loin des 3 %.
Achevé de rédiger le 15/03/2026
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures

