Contrôle des autorités de tutelle : les bonnes pratiques à adopter
Tout conseiller en gestion de patrimoine devra, plusieurs fois au cours de sa carrière, répondre à un contrôle de son ou de ses autorités de tutelle.
L'essentiel en 4 points
- Un professionnel exerçant sous plusieurs statuts peut faire l’objet d’un contrôle sur chacun de ses périmètres.
- Les contrôles peuvent s’effectuer à distance, par échanges de pièces, ou au cabinet pour une analyse plus en profondeur.
- Il est indispensable de tout mettre en oeuvre pour fluidifier les échanges et optimiser le déroulement de la procédure.
- Lors d'un contrôle, la désignation d’un interlocuteur privilégié est recommandée.
Qui effectue les contrôles ?
Les contrôles font partie intégrante du métier de conseiller en gestion de patrimoine, menés par l’autorité compétente en fonction de ses statuts et de la nature de son activité commerciale.
- Les conseillers en investissement financiers (CIF) sont placés sous le contrôle de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et des associations professionnelles agréées.
- Les intermédiaires en assurance (IAS) sont supervisés par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Les associations professionnelles agréées interviennent uniquement dans le contrôle aux conditions d’accès et d’exercice à cette profession.
- Les intermédiaires en opération de banque et services de paiement (IOBSP) sont également sous la tutelle de l’ACPR. Les associations professionnelles agréées interviennent uniquement dans le contrôle aux conditions d’accès et d’exercice à cette profession.
- Les intermédiaires immobiliers sont encadrés par la Chambre du commerce et d’industrie (CCI) et de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).
Un professionnel exerçant sous plusieurs statuts pourra donc faire l’objet d’un contrôle sur chacun de ses périmètres ce qui nécessite une organisation rigoureuse afin d’être en conformité au regard de l’ensemble de ses obligations.
Les différents types de contrôle
- Le contrôle thématique
En fonction des priorités de supervision définies annuellement, les autorités de tutelle mènent des campagnes de contrôle thématiques. Ils visent à évaluer la mise en œuvre de la réglementation ou à explorer des risques potentiels pour les investisseurs ou les marchés. Par exemple, ces dernières années, l’AMF a diligenté des contrôles « SPOT » (supervision des pratiques opérationnelle et thématiques) autour de la commercialisation de parts de SCPI, de la mise en application du règlement SFDR ou encore sur le traitement des réclamations.
- Le contrôle de portée générale
Il s’agit ici des contrôles liés au respect des obligations professionnelles de l’entité. Ils peuvent couvrir l’ensemble des dispositifs de conformité mais également des thématiques ciblées telles que le dispositif LCBFT, la commercialisation des produits financiers ou d’assurance.
- Le contrôle de suivi
Il est mené quelque temps après un contrôle qui a relevé plusieurs insuffisances. Ce contrôle de suivi sert à vérifier que des correctifs ont été mis en place dans le calendrier fixé et que ces nouvelles pratiques permettent d’être en conformité avec la réglementation.
Enfin plusieurs situations peuvent déclencher un contrôle :
- À la suite de réclamations formulées par des clients par exemple auprès du Pôle commun ACPR-AMF. Les griefs formulés par les clients serviront à orienter la nature des contrôles.· Le contrôle issu des déclarations d’enquêtes et de sondages.
- Ou encore suite aux renseignements portés sur la fiche de renseignements annuel (FRA CIF), ou à partir des enquêtes menées par les associations professionnelles et l’ACPR à des fins de statistiques. Des incohérences manifestes relevées lors de leur analyse peuvent enclencher des contrôles.
Le déroulement des contrôles
Les contrôles peuvent s’effectuer à distance, par simple échange de pièces. Lorsque la situation requiert une analyse plus en profondeur, un contrôleur mandaté par l’autorité de tutelle ou l’association professionnelle se rend directement au cabinet. À cette occasion, il peut demander à consulter l’ensemble des documents (registres, contrats, pièces comptables…), le plus souvent sur un historique de 3 ans, ainsi que l’accès aux outils informatiques.
Le contrôleur est également habilité pour mener des entretiens avec les collaborateurs, mais aussi échanger avec des clients du cabinet, notamment pour s’assurer que l’information relative aux produits commercialisés a été correctement délivrée. Pour rappel, ce contrôleur est soumis au secret professionnel.
Les risques d’une mauvaise préparation
Une mauvaise connaissance des procédures ou un manque d’organisation peuvent fragiliser le fonctionnement du cabinet.
Tout d’abord en pesant sur l’activité commerciale. En effet, un contrôle s’étale en moyenne sur 6 mois(depuis la lettre de mission jusqu’au rapport de contrôle), période au cours de laquelle le cabinet doit répondre avec réactivité et diligence aux différentes demandes. Cette mobilisation peut peser sur le temps habituellement dédié aux clients et au développement de nouvelles affaires.
D’où l’importance d’être rigoureusement à jour dans ses procédures réglementaires, et d’en assurer la traçabilité. Le cabinet doit par exemple, être en mesure de prouver sa conformité en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, de respect des règles destinées à protéger les clients ou encore de formation annuelle des collaborateurs. Le tout dans les délais de réponse impartis.
Dans les situations les plus extrêmes, les autorités de contrôle peuvent aller jusqu’à prononcer des sanctions, qui affecteront la réputation du cabinet visé et entrainer des conséquences financières non négligeables sur la personne morale et/ou sur la personne physique de son ou ses dirigeants (sanctions pécuniaires, interdiction d’exercice provisoire et/ou définitive…).
Dans la majorité des cas, les manquements constatés relèvent davantage d’une mauvaise maitrise des obligations réglementaires que d’une volonté délibérée de frauder. La préparation et l’anticipation des contrôles constituent donc un enjeu majeur pour les cabinets. Les associations professionnelles jouent à cet égard un travail pédagogique essentiel, tout comme les dispositifs de formations qui peuvent servir à connaitre le déroulement d’un contrôle et les bonnes pratiques à adopter.
La to do list d’avant le contrôle
Dès réception de la lettre de mission, qui précise l’objet du contrôle et l’identité du contrôleur, il faut s’assurer que toutes les conditions seront réunies pour qu’il effectue sa mission dans les meilleures conditions. L’accueil du contrôleur implique notamment la mise à disposition d’un bureau, de matériel informatique, d’un badge pour faciliter ses déplacements au sein du cabinet, voire d’une place de parking.
La désignation d’un interlocuteur privilégié est recommandée, il centralisera les demandes et s’assurera de la bonne cohérence des informations fournies. Les collaborateurs doivent également être informés en amont de la venue de ce contrôleur et sensibilisés à la nécessité de faciliter sa mission.
Enfin, il est recommandé d’informer son association professionnelle de la tenue de ce contrôle, pour éventuellement bénéficier de son accompagnement.
Les bonnes pratiques lors du contrôle
Une procédure de contrôle s’inscrit sur le long terme. Si le contrôle en tant que tel s’étale en moyenne sur 6 mois, sa durée peut atteindre un an lorsqu’il donne lieu à une lettre de suite et à une notification des griefs. Et bien au-delà, s’il y a un passage en commission de sanction.
Certaines bonnes pratiques permettent de fluidifier les échanges et d’optimiser le déroulement de la procédure :
- Prendre le temps de présenter l’organisation du cabinet : expliquer la composition et le fonctionnement de l’entité, les process internes, les dispositifs de contrôle mis en place. Ces informations permettent au contrôleur d’avoir une vision claire et exhaustive de l’activité.
- Faire preuve de disponibilité et de pédagogie : répondre de manière précise à toutes les questions, dans le respect des délais impartis, et se présenter à toutes les auditions.
- Tenir un inventaire des éléments transmis : conserver la trace des pièces transmises, ainsi qu’une copie. Cet archivage constitue un repère sur le déroulé de la procédure et une base documentaire précieuse s’il devait être nécessaire de faire valoir ses droits.
- Pratiquer une relecture systématique des réponses avant envoi : cela, pour éviter les erreurs, s’assurer qu’il s’agit bien des versions définitives et enfin pour vérifier que toutes les demandes ont été traitées.
Se faire ou non accompagner ?
Le recours à un avocat ou à un conseil en conformité peut s’avérer utile pour être guidé et faciliter la conduite du contrôle, sans pour autant les faire intervenir directement auprès du contrôleur. Leur expertise devient en revanche indispensable après réception du rapport de contrôle, notamment pour la rédaction des réponses aux notifications de griefs.

