Tout comprendre aux fonds Eltif 2.0

En assouplissant les règles de distribution et de gestion, le cadre ELTIF 2.0 élargit l’accès aux investissements en actifs privés et le rend plus attractif pour les investisseurs particuliers.

L'essentiel en 4 points

  1. Les fonds ELTIF sont destinés à financer sur le long terme les secteurs essentiels au développement européen.
  2. La réforme du texte ELTIF 2.0 ouvre la voie à des usages mieux adaptés aux attentes du marché.
  3. Les fonds evergreen offrent une souplesse accrue pour la gestion des portefeuilles.
  4. Les conseillers en gestion de patrimoine disposent désormais d'un cadre modernisé pour intégrer les marchés privés dans les allocations des investisseurs particuliers.

Qu’est-ce qu’un ELTIF ?

ELTIF est l’acronyme de “European Long Term Investment Fund”. Il désigne un cadre réglementaire européen, entré en vigueur en 2015, qui permet de délivrer un agrément aux fonds d’investissement alternatifs (FIA) répondant au cahier des charges défini. Dans chaque état membre, une autorité est chargée de vérifier si le fonds répond à tous les critères. En France, cette mission revient à l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Une fois cet agrément délivré et sous réserve des notifications, le FIA ELTIF peut être commercialisé auprès d’investisseurs particuliers au sein de toute l’Union européenne.

Les objectifs du règlement ELTIF

L’Union européenne entend orienter une partie de l’épargne des Européens vers le financement d’une croissance de long terme. Les fonds ELTIF s’inscrivent pleinement dans cette logique : ils doivent permettre de financer sur le long terme des secteurs essentiels au développement européen comme les infrastructures (énergies renouvelables, réseaux de transport, data center…), les entreprises (PME et ETI), l’immobilier, l’innovation technologique…Toutefois, les actifs financés ne sont pas nécessairement localisés sur le territoire européen.

Certains projets, bien que déployés hors d’Europe, contribuent directement à ses enjeux stratégiques. C’est notamment le cas des câbles sous-marins de fibre optique, de data centers, ou de certaines infrastructures de production d’énergies renouvelables participant à la sécurité énergétique européenne.

Pour résumer, les ELTIF ont pour vocation de financer les actifs tournés vers les activités de production et de distribution de biens et de services tangibles. 

ELTIF 1.0, une adoption limitée

Une première version du règlement a été adoptée en 2015, mais n’a pas rencontré le succès espéré.   En cause : un cadre trop rigide, notamment sur la composition du portefeuille des ELTIF qui devaient comporter au moins 70 % de son capital dans des actifs éligibles, ne pas détenir plus de 10 % de son capital dans un seul et même actif, ne pas investir plus de 5 % dans des actifs liquides. 

De plus, les fonds ELTIFS 1.0 sont forcément de type « fermé » : leur durée de vie est définie dès l’origine (généralement entre 8 à 12 ans), les investissements s’effectuent au rythme des appels de fonds et les possibilités de rachats sont limitées.   

La nécessité d’une refonte du règlement s’est imposée, dès 2021 la Commission européenne s’est emparée du sujet.    

Un nouvel élan avec ELTIF 2.0

Adoptée en février 2023 et entrée en application en janvier 2024, la réforme du texte ELTIF 2.0 marque un tournant décisif pour ces véhicules d’investissement en ouvrant la voie à des usages plus souples et mieux adaptés aux attentes du marché. 

Les gestionnaires de fonds disposent désormais de marges de manœuvre élargies, tant dans la structuration des portefeuilles que dans le périmètre d’investissement. La réforme introduit plusieurs évolutions : 

  • La part minimale à investir dans les actifs éligibles est ramenée à 55 % (contre 70 % auparavant), la poche d’investissements liquides (action, obligation, monétaire) pouvant aller jusqu’à 45 % de l‘actif.  
  • Parmi les actifs éligibles, de nouveaux biens immobiliers (infrastructures sociales et éducatives, immeubles à vocation commerciale ou résidentielle…), mais aussi à de nouvelles catégories d’actifs réels comme les navires, les droits d’eau ou les droits forestiers.
  • Le champ des entreprises éligibles évolue également. Les fonds ELTIF2.0 peuvent désormais investir dans des fintechs, tandis que le plafond de capitalisation des entreprises ciblées est relevé afin de faciliter le financement des ETI (de 500 millions dans le cadre d’ELTIF1.0 à 1,5 million de capitalisation au moment de l’investissement initial). 

Autre évolution concrète qui va favoriser l’accès des investisseurs particuliers aux marchés privés : le seuil d’entrée minimum de 10.000 euros disparaît. Les sociétés de gestion peuvent désormais fixer librement le ticket d’investissement initial

Enfin, les contraintes d’allocation pesant sur les investisseurs particuliers sont assouplies : la limite de 10 % du portefeuille financier investissable en ELTIF est levée, tout comme le plafond de 10 % d’exposition aux actifs réels pour les épargnants disposant de moins de 500 000 euros d’encours financiers.

Les fonds evergreen

ELTIF 2.0 ouvre également la voie aux fonds ouverts, dits « evergreen ». Ces véhicules ne sont plus contraints par une durée de vie prédéfinie, comme le sont les fonds fermés : les souscriptions et les rachats peuvent s’effectuer de manière continue, selon des fenêtres de liquidité définies par la société de gestion (semestrielle, trimestrielle voire mensuelle).

Pour les gérants, ce format apporte une souplesse accrue dans la gestion du portefeuille. Les investissements peuvent être déployés progressivement, au fil des collectes, conservés sur des horizons longs, puis cédés lorsque les conditions de marché s’y prêtent, sans contrainte liée à une échéance de liquidation. Cette flexibilité facilite l’adaptation aux cycles économiques.

Côté investisseurs particuliers, cette évolution lève un frein majeur : l’immobilisation du capital sur une période de dix ans ou plus, souvent perçue comme contraignante, n’est plus systématique. 

Avec ELTIF 2.0, les conseillers en gestion de patrimoine disposent désormais d'un cadre modernisé pour intégrer les marchés privés dans les allocations des investisseurs particuliers afin de répondre à leurs objectifs d’investissements. À condition d’en maîtriser les spécificités, d’en expliciter les enjeux auprès des clients, ainsi que les risques associés (dont le risque de perte en capital et le risque de liquidité), ce véhicule trouve pleinement sa place dans une stratégie de performance à long terme et de diversification patrimoniale. 

Article publié le 18 mars 2026

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