Expert-comptable : comment développer une activité de conseil en gestion de patrimoine ?

Face aux mutations de votre métier, le conseil en gestion de patrimoine offre une voie de diversification naturelle.

L’essentiel en 4 points

  1. Les réformes successives de la profession permettent aux experts-comptables d’exercer des activités commerciales et des actes d'intermédiaire.
  2. Plusieurs de vos compétences (maitrise des chiffres et de la fiscalité, rigueur…) constituent des appuis solides pour devenir CGPI.
  3. Le conseil en gestion de patrimoine peut s’exercer sous plusieurs statuts réglementés, en fonction des services proposés.
  4. Des solutions d’investissement aux outils de gestion de la relation client, un accompagnement adapté permet de structurer votre offre et démarrer rapidement votre activité

Quelles sont les mutations du métier d'expert-comptable ?

Le métier d'expert-comptable connaît de profondes mutations. La réforme de la facturation électronique en est l'illustration la plus concrète. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et ETI de les émettre. Au 1er septembre 2027, l'obligation d'émission et de transmission des données (e-reporting) s'étendra aux PME, TPE et micro-entreprises, soit l'essentiel de votre clientèle.

Conjuguée au développement de l'intelligence artificielle, cette réforme accélère l'automatisation de nombreuses tâches. La saisie, le contrôle et le rapprochement des factures, qui représentaient une part importante de votre quotidien, sont de plus en plus pris en charge par les outils. Le temps ainsi libéré peut être consacré à des missions à plus forte valeur ajoutée.

Dans le même temps, les attentes de vos clients évoluent. Chefs d'entreprise, professions libérales, artisans et commerçants attendent davantage de conseil et un accompagnement plus global de leur situation, professionnelle comme personnelle.

Face à ces évolutions, l'interprofessionnalité ouvre de nouvelles perspectives pour votre cabinet. Parmi elles, le développement d'une activité de conseil en gestion de patrimoine permet d'élargir votre champ d'intervention, en prolongement direct de votre mission actuelle.

Pourquoi développer une activité de conseil en gestion de patrimoine dans votre cabinet ?

Au fil des années, vous avez constitué un portefeuille de clients qui vous font confiance. Ce portefeuille est un véritable actif, et le conseil patrimonial permet de le valoriser autrement, en diversifiant les revenus de votre cabinet. Vos clients dirigeants sont en effet confrontés à des enjeux qui dépassent la comptabilité, le suivi fiscal et juridique ou la gestion sociale :

  • le développement puis la transmission de leur entreprise ;
  • la protection du dirigeant et de sa famille (prévoyance, organisation du patrimoine) ;
  • la préparation de la retraite, souvent insuffisamment anticipée chez les indépendants ;
  • le placement de la trésorerie excédentaire de la société, parfois laissée sur des comptes peu rémunérés ;
  • l'arbitrage entre rémunération et dividendes, qui conditionne la constitution d'un patrimoine personnel.

Sur chacun de ces sujets, vous êtes souvent le premier interlocuteur consulté. En développant une activité de conseil en gestion de patrimoine, vous pourrez gérer les sujets de bout en bout, au lieu d'orienter vos clients vers un tiers que vous ne connaissez pas toujours.

En tant qu'expert-comptable, quels sont vos atouts pour devenir conseiller en gestion de patrimoine ?

Passer de l'expertise comptable au conseil en gestion de patrimoine ne signifie pas repartir de zéro. Plusieurs compétences que vous mobilisez au quotidien trouvent leur prolongement direct dans le métier de CGP.

  • Votre maîtrise des chiffres et de la fiscalité. Elle vous donne des bases solides pour réaliser des bilans patrimoniaux, étape incontournable de l'accompagnement de vos futurs clients. Votre rigueur et votre veille réglementaire, économique et fiscale sont directement transposables.
  • Votre culture réglementaire et déontologique. Habitué aux obligations d'une profession ordonnée, vous appréhenderez plus facilement le cadre du conseil patrimonial : connaissance client, devoir de conseil, lutte contre le blanchiment.
  • Des réflexes professionnels bien ancrés : autonomie, gestion des périodes de forte charge, réactivité face aux demandes de vos clients.
  • Une connaissance fine de vos clients : niveau de revenus, projets, composition de leur patrimoine professionnel. Elle vous permet d'identifier les moments clés (cession, transmission, hausse des revenus, trésorerie non investie, approche de la retraite) et d'anticiper les besoins qui en découlent.
  • Une relation de confiance déjà établie. C'est le point d'appui le plus précieux pour démarrer : là où un conseiller nouvellement installé doit d'abord se faire connaître, vous pouvez proposer vos nouveaux services à des clients qui vous connaissent déjà.

Expert-comptable et gestion de patrimoine : ce que permet votre déontologie

C'est probablement une question que vous vous posez en tant qu’expert-comptable : ai-je le droit d'exercer cette activité ? La réponse est oui, dans un cadre précis. Depuis les réformes successives de la profession, les experts-comptables peuvent exercer des activités commerciales et des actes d'intermédiaire. La norme professionnelle agréée par arrêté du 12 mars 2021 en fixe les conditions :

  • un caractère accessoire : ces activités doivent rester connexes ou complémentaires à la mission d'expertise comptable, en prolongement de celle-ci, et répondre à un besoin du client ;
  • le respect de l'indépendance et des règles déontologiques de la profession;
  • l'interdiction de l'activité d'agent d'affaires, c'est-à-dire la gestion habituelle des affaires d'autrui.

Le conseil patrimonial auprès de vos clients dirigeants entre naturellement dans cette logique de prolongement. Il reste toutefois indispensable de sécuriser votre organisation : mode de rémunération, information du client, prévention des conflits d'intérêts et, le cas échéant, recours à une structure dédiée. Nous vous recommandons de vous rapprocher de votre Conseil régional de l'Ordre pour valider votre projet.

Quels statuts pour exercer le conseil en gestion de patrimoine ?

Le conseil en gestion de patrimoine s'exerce sous plusieurs statuts réglementés, selon les services proposés. Chacun impose des conditions de compétence, d'honorabilité, d'assurance et, le plus souvent, d'adhésion à une association professionnelle, ainsi qu'une immatriculation au registre unique de l'Orias. La carte T est délivrée par la Chambre de commerce et d'industrie, sur justification d'un diplôme ou d'une expérience professionnelle.

Chaque statut impose un volume d'heures de formation annuel. Une même session peut toutefois répondre à plusieurs obligations. Pour vous organiser, consultez notre article CGPI : comment planifier vos heures de formation obligatoire sur l'année ?

Votre RC Pro d'expert-comptable ne couvre pas ces nouvelles activités. Vous devrez souscrire une RC Pro spécifique couvrant vos statuts CIF, IAS, IOBSP et Carte T.

Comment organiser et rémunérer votre activité de CGPI ?

Il n'existe pas un modèle unique. Le bon choix dépend du temps que vous souhaitez y consacrer, de la taille de votre cabinet et de vos ambitions.

  • Exercer vous-même, en obtenant les statuts nécessaires. C'est la voie la plus directe pour valoriser votre relation client, mais elle demande de dégager du temps pour vous former et conseiller.
  • Intégrer un profil dédié au sein du cabinet, par exemple un conseiller en gestion de patrimoine salarié ou associé. Vous conservez la relation, il apporte l'expertise et la disponibilité.
  • Travailler en interprofessionnalité avec un cabinet de CGPI, dans le cadre d'une collaboration structurée ou d'une société pluri-professionnelle d'exercice. Chacun reste dans son cœur de métier.

Côté rémunération, deux logiques coexistent et peuvent se combiner : les honoraires de conseil, facturés au client (bilan patrimonial, mission de conseil, suivi), et les commissions versées par les fournisseurs de solutions. Néanmoins, il est important de savoir que la perception de commissions est soumise à des conditions particulières et à des obligations réglementaires spécifiques notamment dans le cadre du statut de CIF. La facturation d'honoraires vous est familière ; elle est aussi la plus lisible pour vos clients et la plus simple à concilier avec vos règles d'indépendance. Le bon équilibre est à définir avec votre Ordre et selon vos statuts.

Les compétences à acquérir pour devenir opérationnel

Au-delà des connaissances techniques et des obligations réglementaires, cette évolution suppose d'enrichir vos pratiques avec des compétences propres au conseil patrimonial. Il vous faudra être en mesure de :

  • structurer votre démarche de conseil : établir un diagnostic patrimonial, cerner les objectifs de votre client et formuler des recommandations adaptées à sa situation ;
  • maîtriser l'univers des solutions : assurance-vie, PER, immobilier (dont SCPI), placements financiers, prévoyance, et savoir les articuler entre elles ;
  • adopter une posture de conseil : développer votre écoute, affiner votre questionnement et accompagner votre client dans la durée ;
  • développer votre approche commerciale : repérer les opportunités dans votre portefeuille, valoriser votre expertise et construire une offre de services pérenne.

Quelles sont les dernières étapes pour lancer votre activité ?

Avant d'accompagner vos premiers clients, quelques éléments restent à réunir :

  1. Valider votre projet auprès de votre Conseil régional de l'Ordre et choisir votre modèle d'organisation.
  2. Obtenir vos statuts (CIF, IAS, IOBSP selon votre offre), adhérer à une association professionnelle et vous immatriculer à l'Orias.
  3. Souscrire une RC Pro couvrant ces nouvelles activités.
  4. Définir votre offre de solutions d'investissement et vos conditions de rémunération.
  5. Vous équiper des outils nécessaires à chaque étape de la relation client : découverte, bilan patrimonial, souscription, suivi des portefeuilles et bâtir un dispositif de conformité.
  6. Identifier vos premiers clients dans votre portefeuille, en commençant par ceux qui vivent un moment clé (cession, retraite, trésorerie à placer).
  7. Informer vos clients de l'élargissement de vos compétences.

Pour réunir ces différentes composantes sans multiplier les interlocuteurs, vous pouvez vous appuyer sur un partenaire qui rassemble une offre complète de solutions et de services. Au-delà du lancement, il vous accompagnera à chaque étape du développement de votre activité, au rythme de vos besoins.

FAQ : expert-comptable et conseil en gestion de patrimoine

Un expert-comptable peut-il exercer une activité de conseil en gestion de patrimoine ? Oui. La profession autorise les activités commerciales et actes d'intermédiaire à titre accessoire, dans le respect de l'indépendance et de la déontologie. Il faut en outre obtenir les statuts réglementés correspondant aux services proposés.

Un expert-comptable peut-il devenir CIF ? Oui, sous réserve de remplir les conditions du statut : compétence, honorabilité, adhésion à une association agréée par l'AMF, RC Pro et immatriculation à l'Orias.

Faut-il créer une structure séparée ? Pas systématiquement. Plusieurs organisations sont possibles : exercice en propre, recrutement d'un profil dédié ou collaboration interprofessionnelle. Le choix est à valider avec votre Conseil régional de l'Ordre.

Comment être rémunéré ? Par des honoraires facturés au client, par des commissions versées par les fournisseurs de solutions, ou par une combinaison des deux, selon vos statuts et vos règles d'indépendance.

Ma RC Pro d'expert-comptable suffit-elle ? Non. Une RC Pro spécifique couvrant les activités de CIF, IAS et IOBSP est obligatoire.

Combien d'heures de formation par an ? Chaque statut impose son propre volume, mais une même formation peut être comptabilisée au titre de plusieurs statuts.

Article publié le 15 octobre 2026

Par Cécile Relandeau, responsable du développement commercial de Murano Initial.

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